“Super Intelligence Force” : ce que la Maison-Blanche attend de cette task force sur l’IA
L’administration Trump a accordé à la “Super Intelligence Force” une grande latitude pour déterminer comment le secteur de la tech et le gouvernement fédéral devraient répondre aux menaces que fait peser l’évolution rapide de l’IA sur la sécurité nationale et les libertés publiques, selon une charte obtenue par POLITICO.
Trois personnes au fait des discussions concernant cette task force ont confirmé l’authenticité du document. Ces personnes s’expriment sous couvert d’anonymat afin de pouvoir partager des informations qui n’ont pas encore été rendues publiques.
La task force devra définir des “mesures pour améliorer la capacité à la fois du gouvernement et du secteur privé face à se préparer et à répondre aux menaces pesant sur le territoire national et le peuple américain”, précise la charte. Elle rédigera également un rapport sur les risques liés à l’IA, en mettant l’accent sur “les menaces potentielles pour les libertés civiles”, la cybersécurité, les normes applicables aux modèles avancés et les conséquences d’une éventuelle surréglementation.
Le Wall Street Journal a été le premier à révéler les détails de cette charte.
La Silicon Valley et le Capitole ont tous deux été pris au dépourvu par l’annonce faite par Donald Trump concernant la création de cette task force. Quatre représentants du secteur de la tech ont en effet assuré à POLITICO que peu de personnes au sein de la filière en avaient été informées avant la publication du post du président américain sur les réseaux sociaux. Donald Trump préfère parler de “superintelligence” plutôt que d’intelligence artificielle.
La création de cette task force intervient alors que de grands laboratoires spécialisés dans l’IA, comme Anthropic et OpenAI, ont révélé une série d’incidents de cybersécurité liés à de nouveaux modèles dotés de capacités de piratage avancées, poussant des leaders du secteur et des parlementaires à réclamer un éventuel ralentissement du développement de cette technologie.
Le directeur du renseignement national, Jay Clayton, dirigera cette task force dans le cadre de ses nouvelles fonctions de référent IA de l’administration, aux côtés du sous-secrétaire à la Défense, Emil Michael, du directeur de l’Office of Personnel Management, Scott Kupor, et du président de la Commission fédérale du commerce, Andrew Ferguson, qui occuperont les fonctions de vice-présidents.
Le groupe sera composé notamment de responsables d’administrations fédérales, par exemple de la NSA (l’agence de renseignements électroniques) ou du ministère de la Santé et des Services sociaux. De hauts responsables de la Maison-Blanche, dont le vice-président JD Vance et la cheffe de cabinet Susie Wiles, seront également étroitement associés à ces travaux. L’ancienne secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ainsi que le financier et ex-référent IA David Sacks apporteront également leurs “conseils”, respectivement en matière de sécurité nationale et de technologie.
La task force sera en place pendant cent vingt jours, mais ses activités pourront être prolongées — ou ses missions transférées à un autre organisme public — sur décision de Susie Wiles, selon la charte.
Plus d’opportunités, mais aussi plus de risques
Toujours d’après le document, la task force mènera des travaux portant sur les services financiers, les infrastructures énergétiques, les transports, l’agriculture et les services d’urgence, et collaborera avec le Pentagone, le ministère de la Justice, le ministère de la Sécurité intérieure et la Commission fédérale du commerce afin de formuler ses recommandations.
La charte met également en avant deux domaines à risque qui font l’objet d’une attention accrue depuis quelques mois : la biosécurité et les menaces pesant sur l’approvisionnement en eau. OpenAI a récemment apporté son soutien à une série de projets de loi visant à empêcher les modèles d’IA d’aggraver la menace que représentent les armes biologiques. De son côté, son concurrent Anthropic a révélé plusieurs incidents au cours desquels ses modèles ont été utilisés par des scientifiques de pays étrangers pour mener des recherches sur des agents pathogènes dangereux.
L’administration Trump a également lancé en août un programme visant à protéger les infrastructures hydrauliques américaines vulnérables contre les menaces liées à la cybersécurité, à la suite d’une série de cyberattaques visant des réseaux d’approvisionnement en eau locaux à travers le pays.
La task force sera également chargée d’examiner “les protocoles et mécanismes actuellement en place” permettant aux laboratoires d’IA de signaler au gouvernement les violations de sécurité, les piratages et les jailbreaks (ou débridages), ainsi que de formuler des recommandations visant à améliorer la réponse du gouvernement face à de tels incidents.
Le document décrit cette technologie comme “à la fois un amplificateur et un catalyseur des risques et des opportunités”, mais attribue en fin de compte la responsabilité des risques liés à l’IA aux laboratoires qui développent des modèles avancés.
“Bien que les laboratoires soient en dernier ressort responsables des risques et des opportunités que leurs modèles amplifient et accélèrent, le rôle du gouvernement fédéral est de prendre conscience de cette période de changement et de la comprendre, ainsi que de faire respecter les lois de notre nation afin que les principes fondamentaux de notre République soient préservés et promus”, peut-on lire dans le document.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
